Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Aujourd’hui je veux vous dire quelques mots d’un roman, lumineux, que j’ai beaucoup aimé : « Victoria » d’Émilie Riger.
N’y allons pas par quatre chemins, c’est du très bon boulot ! Bravo ! Je ne suis pas ennuyé, au contraire j’ai éprouvé un intérêt permanent à avancer, cheminer au sein du roman. Il m’a souvent ému. Le scénario et la progression de l’intrigue, originaux, tiennent la route. L’imagination de l’auteure est sans limites !
Les personnages sont parfaitement typés, gardent tout au long de l’ouvrage leur personnalité – ce qui n’est pas simple.
Les situations s’enclenchent bien, se font parfois de judicieux échos. Ce qui est écrit au début ou ailleurs se trouve repris et explicité après, ce qui crée toujours à la fois surprise et plaisir.
Le noir va si bien à Victoria, cette jeune fille abîmée qui ne croit guère au bonheur, son passé trop pesant l’en empêche. Octave est un roc, il résiste à tous les orages, ne perd jamais espoir, se sacrifie pour celle qu’il ne cesse d’aimer.
Amie, la « fofolle » aux penchants ésotériques, vit dans la fausse réalité dont elle a besoin. On ne donne pas cher de sa peau, et pourtant… Vincent a les pieds sur terre et c’est tant mieux ! Les parents, hors la mère de Victoria, sont, à mon sens, des seconds rôles, mais… essentiels.
Victoria prend gadin sur gadin, c’est très bien rendu. Rien ne semble pouvoir la sauver.
Lorsque l’enfant s’annonce, pour ne pas sombrer, elle fuit. Peur ? Terreur ? Lâcheté ? On verra.
C’est là que l’auteure passe du « je » au « il » de narration. Très subtil, judicieux. Ensuite, on repassera au « je » lors du retour de Victoria. Bien joué !
Le « jeu de piste » avec les cartes postales est une superbe idée.
La survenue de Salem, surprenante, émouvante, outre son drame personnel, fait contrepoids aux « petits malheurs » des autres. Il les relativise et c’est très bien.
J’ai pensé un moment : « Les chiens ne font pas des chats », mais si : Victoria deviendra elle-même et ne reproduira pas ce qu’elle redoute, être la copie conforme de sa mère.
La lumière est au bout d’un chemin longtemps obscurci. Emilie parle très bien des livres et des fleurs. Les graines de rose de Salem seront un semis fertile.
J’ai beaucoup aimé la fin. Pas de happy end, c’est parfait. Le jeu reste ouvert, incertain.
Sous le sapin, ce roman ferait un très beau cadeau de Noël !