Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Le cinéma et le chemin de fer vivent, et depuis fort longtemps, une aventure commune. Souvenons-nous de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, un film d’une minute des frères Lumière, présenté pour la première fois en janvier 1896, et qui terrifia le public, criant et courant vers l’arrière de la salle, apeuré par le monstre d’acier qui se précipitait sur eux.
Une autre forme de terreur fut parfaitement illustrée, cette fois-ci à la gloire du chemin de fer et de son personnel, dans des films comme La bataille du rail de René Clément ou Le train de John Franckenheimer qui retracent la résistance des cheminots français pendant la Seconde guerre mondiale et leurs efforts et sacrifices pour perturber la circulation des trains pendant l’occupation nazie.
Voilà des films que dut détester une certaine Françoise Laborde, journaliste à TF1 puis ensuite membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, lorsqu’elle écrivit avec un aplomb qui n’appartient qu’aux ignares et aux imbéciles, dans son sinistre ouvrage intitulé Ça va mieux en le disant… : « La SNCF se targue d’être un modèle de solidarité sociale, mais nul n’ose rappeler que les trains de la mort qui emmenaient juifs et résistants vers les camps d’extermination n’ont jamais été stoppés par des grévistes et sont toujours arrivés à l’heure, leur prestation payée, rubis sur l’ongle, par les nazis. Sans les trains français, comment la déportation aurait-elle pu avoir lieu ? Les cheminots héros de la Résistance dans La Bataille du rail, voilà une imposture historique extrapolée et véhiculée par les « camarades » après la guerre… »
Et nous en passons et des meilleures !

Cette pauvre dame, qui dut apprendre son Histoire de France dans l’Almanach Vermot, était récemment l’invitée d’honneur – pas moins – d’un salon du livre où, modeste écrivaillon, je dédicaçais quelques romans.
Elle fut donc conviée à faire une conférence qui se déroula devant plus de deux cents personnes. Que croyez-vous qu’elle fit ? En réponse à la question d’un brave collègue qui la titillait sur ses écrits infâmants, le venin de sa langue prit le relais de celui de sa plume et elle réitéra ses abjects propos. C’était vers la fin de son intervention. Un coup de sang me prit et je dévalais vers l’estrade où la virago paradait.
Je me présentai à elle :
– Bonjour, Henri Girard, cheminot, fils de cheminots, collaborateur par nature et appartenant à la grande famille des exterminateurs de Juifs !
J’ajoutais sans lui laisser le temps de respirer tout le bien que je pensais d’elle et la félicitait pour la qualité et l’objectivité de son travail journalistique qui, sans doute, avait inspiré ses propos, non sans lui avoir demandé d’avoir une pensée pour les 2000 cheminots qui avaient laissé leur peau pendant la guerre et les dizaines de milliers d’autres qui la risquèrent.
Elle me fixa de ses yeux ma foi assez globuleux, et prise d’un élan d’hystérie incontrôlable, sans doute dû à un excès d’alcool car elle puait du bec, me hurla (c’est le mot) :
–  Vous me faites gerber ! (Oui, car en plus, elle a de la classe !)
Je répondis du tac au tac :
– Vous me le retirez de la bouche ! (Ce qui, avouons-le, n’était pas mal trouvé.)
La guerre était déclarée entre nous. Mais elle ne dura pas, par la faute de nervis qui, sans brutalité je le précise, m’éjectèrent de la salle.
La mégère s’éloigna, sans doute vers le bar…