Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Il y a un peu plus de cinquante ans, mai 68.

Ils enfantèrent dans la couleur, celle du ciel de mai 68, d’un des plus jolis mots de la langue française : solidarité. Qui sont-ils ceux-là qui, cinquante ans plus tard, affirment que leur meilleur souvenir, celui qui tient aux tripes et au cœur, celui qui les unit encore, les lie pour une éternité, c’est celui de leur union, leur communion. Ils étaient solidaires.

Aujourd’hui ils ont entre soixante-dix ans et quatre-vingts et quelques… Certains en parlent avec de l’émotion, un peu de rosée dans les mirettes, d’autres avec leur faconde en drapeau, d’autres plus sérieusement, avec rigueur. Leur solidarité de l’époque remonte du creuset de leur mémoire, s’extrait de la gangue du temps, exhale un parfum de nostalgie. Cette nostalgie, c’est de la mélancolie heureuse. C’est un âtre qui réchauffe à la flamme du souvenir des mains devenues plus ou moins noueuses, des cheveux plus ou moins rares, des rides, certes, mais toujours belles.

La solidarité, c’est un produit de beauté, un produit de bonté.

Sous ses habits de modestie, de dévouement, d’échange, d’altruisme, de partage, c’est tout simplement un geste fait par le bras qui donne et le cœur qui s’émeut pour plus pauvre que soi.

Si le mot de « solidarité » est resté ancré en eux comme un symbole de ce que fut, pour le meilleur, leur mai 68, c’est sans doute parce que ce mot fait aujourd’hui partie de leur patrimoine personnel et citoyen, c’est de la chair au sein de la leur ; c’est en eux, dans leurs veines, un sang nourricier.

Elle est en eux. Ils en sont fiers.

N’oublie jamais, mon gamin. C’est pour toi qu’ils l’ont fait.

Henri Girard, retraité cheminot