Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Depuis la réforme de l’orthographe décidée en 1990 et publiée au JO du 6 décembre de la même année, l’un ou/et l’autre se disent ou se dit. Comme deux mille (ou deux-mille) autres mots que ladite réforme autorise à écrire de deux façons, dans l’ancienne et la nouvelle graphie.

Un peu d’histoire : pourquoi cette réforme ? et pourquoi personne ou presque n’en veut ?

Si l’on se réfère aux arguments du Conseil supérieur de la langue française, repris et entérinés par l’Académie française, les rectifications ont pour but de supprimer certaines incohérences, de clarifier des situations confuses et de faciliter ainsi à la pratique de notre langue non seulement dans notre beau pays mais également dans l’ensemble de la francophonie.

Que contient-elle ?

 Elle s’articule en 10 points :

1- Les numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d’union.

Ex. : vingt-et-un, deux-cents, un-million-cent, trente-et-unième

2 – Dans les noms composés du type pèse-lettre (verbe + nom) ou sans-abri (préposition + nom), le second élément prend la marque du pluriel seulement et toujours lorsque le mot est au pluriel.

Ex. : un compte-goutte, des compte-gouttes ; un après-midi, des après-midis

3 – On emploie l’accent grave (plutôt que l’accent aigu) dans un certain nombre de mots (pour régulariser leur orthographe), et aux futur et conditionnel des verbes qui se conjuguent sur le modèle de céder.

Ex. : évènement, règlementaire, je cèderai, ils règleraient.

4 – L’accent circonflexe disparait sur i et u.

Ex. : cout ; entrainer, nous entrainons ; paraitre, il parait

On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif et dans cinq cas d’ambigüité : les adjectifs masculins singuliers « dû », « mûr » et « sûr », « jeûne(s) » et les formes de « croitre » qui, sans accent, se confondraient avec celles de croire (je croîs, tu croîs, etc.).

5 – Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent sur le modèle de peler ou de acheter  Les dérivés en -ment suivent les verbes correspondants.

Font exception à cette règle appeler, jeter et leurs composés (y compris interpeler).

Ex. : j’amoncèle, amoncèlement, tu époussèteras

6 – Les mots empruntés forment leur pluriel de la même manière que les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s’appliquent aux mots français.

Ex. : des matchs, des miss, révolver

7 – La soudure s’impose dans un certain nombre de mots, en particulier dans les mots composés de contr(e)-et entr(e)-, dans les mots composés de extra-, infra-, intra-, ultra-, dans les mots composés avec des éléments « savants », dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère.

Ex. : contrappel, entretemps, extraterrestre, tictac, weekend, portemonnaie

8 – Les mots anciennement en -olle et les verbes anciennement en -otter s’écrivent avec une consonne simple. Les dérivés du verbe ont aussi une consonne simple.

Font exception à cette règle colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en -otte (comme botter, de botte).

Ex. : corole ; frisoter, frisotis

9 – Le tréma est déplacé sur la lettre u prononcée dans les suites -güe- et -güi-, et est ajouté dans quelques mots.

Ex. : aigüe, ambigüe ; ambigüité ; argüer

10 – Certaines anomalies sont supprimées. Ex. : asséner, assoir, charriot, joailler, relai.

Le paysage littéraire et journalistique est aujourd’hui très diversifié quant à l’usage de l’ancienne et de la nouvelle graphie. Nombreuses sont les maisons d’édition et les publications qui campent sur la position d’avant 90. On note d’ailleurs que, dans l’Éducation nationale même, certains manuels et professeurs n’ont pas encore intégré les nouveautés.

Cela révèle un esprit bien français qui n’aime guère qu’on lui modifie ses habitudes. Cela dit, par parenthèse, il eût de notre point de vue été plus judicieux, si c’était la facilité qui dictait la réforme, d’imposer la nouvelle graphie et non de tolérer les deux ! Cette façon de faire, mi-chèvre mi-chou, nous semble davantage un facteur de complexification que l’inverse ! Peut-être que la transition forcée eût provoqué quelques soubresauts dans l’instant mais aujourd’hui, l’affaire serait dans le sac !

Mais c’est loin d’être le cas.