Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Je n’ai nullement envie de déroger à mes habitudes à l’occasion de mon petit billet que, par conviction, j’essaie de rendre le plus souvent consensuel. Et pourtant, voilà que me titille l’envie de causer « réforme des retraites ». Oups !
Alors là, je prends des risques ! Imaginez que je me déclare pour et ce sont des volées de bois verts qui me seront jetées. Supposez que je m’affirme contre et – peut-être en moindre nombre – me ferais-je des ennemis quand même. Et si je dis que je ne suis « ni pour ni contre, bien au contraire ! », on va me prendre, c’est sûr, pour un rigolo, un irresponsable, un jean-foutre.
En fait, je me fais peur pour rien. Car ce n’est pas d’un avis tranché dont je veux me faire l’écho, mais d’une contribution insolite au débat. Ah ! On en a abordé des sujets sur ce thème, on a tout entendu et son contraire, du rationnel, du vrai, du frelaté, du subjectif. Mais, même si cela prête à rire, il me semble qu’il manque un point de vue, un angle d’attaque, un argument qui a échappé à tout le monde. Je veux parler des conséquences de l’âge du départ à la retraite dans le monde associatif.
En effet, le bataillon des bénévoles est majoritairement composé de retraités, pour quelque activité associative que ce soit : sportive, artistique, sociale, éducative, etc. Et cette pacifique armée, qui présente la singularité de travailler gratuitement, génère par conséquent une moindre dépense publique. Dit autrement : si l’on retarde l’entrée dans « leur deuxième vie active » qu’entreprennent les retraités dès la quille obtenue, cela aura pour conséquence une diminution de leur nombre et une moindre efficience du monde associatif et de moindres économies pour l’État. Est-ce si marginal ? Est-ce si incongru ? Est-ce tiré par les cheveux que de l’affirmer ?
Ne dit-on pas qu’il y a des dépenses que l’on doit qualifier d’investissements ? Il ne faudrait peut-être pas oublier de les compter, celles-là, et du bon côté du bilan !

Laissons de côté ce relatif sérieux qui me surprend moi-même. Je terminerai sur une vision plus incongrue et très déterminée. Si la retraite passe à 70, puis 80, puis 90, puis – pourquoi pas – 100 ans, à terme, l’armada des bénévoles, en couches anti-fuite et fauteuils roulants, prothèse en étendard, Viagra en poche, sera, je vous l’affirme, toujours au bord des pistes de danse, des scènes et des terrains de sports ! Et peut-être même dans la rue ! Qu’on se le dise !