Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Aujourd’hui, c’est dit, je m’y engage : je vais porter ma réflexion à son plus haut niveau d’incandescence. Je vais me creuser le ciboulot, me triturer, récurer l’intérieur des neurones, me faire mal à force de penser. Pourquoi donc cet engagement quasi masochiste ? Je vous le donne en mille ! Aujourd’hui, j’ai décidé de faire la lumière sur une question qui me taraude l’intellect depuis fort longtemps. La voici, la voilà : « Mais diable, fichtre, diantre, à quel moment un bruit devient-il une musique ? »

Oui, parce qu’à n’en pas douter, elle doit bien exister cette fichue mais subliminale seconde où la transmutation s’opère entre boucan et mélodie, cette microscopique lézarde ou s’infiltre la romance pour contrarier le tintamarre. Mais quand, mais où, mais pourquoi, mais comment ?

Si je dis que le bruit, on l’entend, donc qu’on le subit, alors que la musique, la plupart du temps, on l’écoute : ai-je avancé dans mon étude ? Oui, mais seulement si on exclut qu’on puisse, a contrario, subir une musique et ne pas écouter un bruit. Voilà bien une théorie hasardeuse et incomplète. Tout bien réfléchi, la différence ne se situerait donc pas là, en tout cas pas toujours.

Et si j’affirme que le bruit n’est qu’un produit brut, non travaillé, fruit du hasard et du chaos, alors que la musique est voulue, ouvragée, rythmée, conçue par une envie et dans une intention : suis-je plus près du but ? Ma foi…

Encore conviendrait-il que j’ajoute qu’il y a bruit et bruit. Eh oui ! La maman qui écoute lors d’une échographie les battements du cœur de son fœtus, essayez donc de lui soutenir que c’est du bruit qu’elle capte ! Et vous, nous, moi, qualifierions-nous de bruit le vent qui s’engouffre dans les feuilles des arbres ou le ruissellement d’une source ? Non. On est bien d’accord. On est bien d’accord que le bruit, qui n’est a priori pas de la musique parce qu’il n’a pas été conçu pour en être, peut porter en lui rythme, tonalité, intensité, qui jouent un rôle particulier et prépondérant dans le déclenchement des sentiments et des émotions et peut devenir, parfois, une « espèce de musique ».

Revers de l’argument : la musique, si elle crache des décibels comme une tronçonneuse ses vrombissements, ne pourrait-elle pas être confondue avec une « espèce de bruit » ?

Je ne m’en sors pas trop mal, non ?
Mais moins bien que Victor Hugo qui, lui, écrivit : « La musique, c’est du bruit qui pense.»