Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Résumé

Elles s’appellent Magdalena, Libuše, Eva. Elles sont belles, elles sont Tchèques et partagent le même destin : de mère en fille, elles naissent de père inconnu. De cette malédiction elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies et l’époque. Car leur vie, qu’elles voudraient simplement fière et libre, se transforme en saga dans ce pays bousculé par l’Histoire. Magdalena connaîtra l’annexion nazie, Libuše les années camarades et Eva la fin de l’hégémonie soviétique. Ingénieuses, modestes et décidées, les trois femmes s’adaptent au changement et défient l’opinion tête haute.

Mon avis

Écrite en français par une romancière tchèque (chapeau !), la saga de ces remarquables femmes s’inscrit fort judicieusement dans les cinquante années de l’histoire de la Tchécoslovaquie qu’elles traversent. Ce fond historique, si important dans la destinée des « bâtardes », est subtilement et clairement évoqué, ni trop, ni trop peu, et toujours rapporté au contexte du roman. Quant aux femmes, elles sont toutes magnifiques et magnifiées par l’écriture.
Je trouve qu’elles se ressemblent dans leur volonté de vivre et de survivre malgré tout, malgré la « malédiction » qui les frappe toutes. Mais chacune d’elle est aussi singulière, et l’auteure a su déjouer le piège qui en aurait fait de l’une le clone des autres. Chaque femme est l’héroïne de son propre roman. Chacune a sa vie, sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler. Les lieux, les autres personnages, les relations, les interactions entre eux sont autant de réussites. L’intrigue est toujours là, les événements toujours tapis dans les pages à venir ; il y a une forme de suspense qui donne envie. Le style est vivant, travaillé sans être trop recherché, trop apprêté. On y manie aussi parfois l’humour et la dérision. Au fond, rien n’est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments. C’est un texte, malgré les embûches de la vie, délibérément optimiste, à la gloire de la Femme bâtarde, une différence qui, grâce à l’auteure, devient une… « distinction » ! Enfin, les dialogues sont très réussis.

Bref, c’est, de mon point de vue, un superbe roman.

Je suis épaté par le maniement de notre langue dans ses plus intimes nuances.

Ce roman a reçu le prix Renaudot des lycéens 2016 !