Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

On nous dit : il y a toujours eu des échanges entre les langues et les érudits précisent même qu’après
Guillaume le Conquérant un tiers du vocabulaire anglais était issu du français… Sans doute, mais,
accessoirement, cet argument rappelle que c’est toujours la langue des vainqueurs qui s’impose !
Mais… jamais dans l’Histoire la France n’a subi une telle influence de la culture anglo-saxonne.
Les cent émissions ayant réalisé le plus d’audience à la télévision en 2013 étaient titrées en anglais
(Mentalist, The Voice, Unforgettable…).

Par ailleurs il n’y a plus d’échange, il y a seulement envahissement de notre langue et, de plus, nous
n’empruntons plus guère qu’à l’anglo-saxon. Soulignons quatre caractéristiques du problème :
• Une ampleur écrasante : une entrée sur deux au dictionnaire le Petit Robert en 2014 est originaire
d’outre-Manche et d’outre-Atlantique.
• Un caractère exclusif : le français recourt désormais uniquement ou presque à l’anglais.
• Une domination à sens unique : depuis une cinquantaine d’années, le français ne s’exporte
plus outre-Manche (vous avez dit échange ?).
• Une francisation de plus en plus rare : longtemps les anglicismes ont été transformés, adaptés : riding-coat a donné redingote, bull-dog a donné bouledogue, etc. Aujourd’hui snowboard devient… snowboard.

Répétons…
• Avec le célèbre linguiste Claude Hagège que ceux qui croient que l’on peut promouvoir une pensée française en anglais ont tort.
• Avec le grand mathématicien Laurent Lafforgue : « Ce n’est pas parce que l’école de mathématiques
française est influente qu’elle peut encore publier en français ; c’est parce qu’elle publie en français
qu’elle est puissante, car cela conduit à emprunter des chemins de réflexion différents. »
Le plus triste dans tout cela est que ce sont nos « élites » qui sont souvent les premières à passer dans le camp adverse, ce que condamne Hagège encore en martelant : « En adoptant la langue de l’ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s’assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige.
Ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes alors qu’ils ne sont qu’américanisés. »
Bref, les prétextes pour ne rien faire, pour se laisser faire sont à rejeter.

Une seule consolation, peut-être : parler globish est tout de même un bon moyen pour ne pas faire
de fautes de français…

Maurice Le Lous, du Cercle littéraire des écrivains cheminots