Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Il paraît que « la colère est mauvaise conseillère ». Alors je ne me fâcherai point et me contenterai, parce que je suis raisonnable mais têtu, de me laisser aller à un petit élan d’acrimonie, à une brève hargne, en prenant soin au préalable de me limer les crocs pour ne pas mordre trop profondément dans l’épiderme de la suffisance qui se confond à mon goût avec la chair de la bêtise.

Oui, je hais les arrogances, cousines germaines des mépris, incarnations consanguines des morgues, filles et fils bâtards de la prétention, de l’orgueil. La suffisance est un point de vue, un comportement, une conviction, une certitude, que l’art et la culture ne seraient accessibles et autorisés qu’à « une élite » qui aurait mérité, seule, le droit de préséance intellectuelle. Il n’existerait d’artistes – poète, écrivain, peintre, photographe, danseur, chanteur, musicien… –, que ceux qui disposeraient en quelque sorte d’un diplôme es génie. Les autres, les obscurs, les sans-grades, les débutants, les maladroits, devraient alors se contenter de grignoter des restes, de dissimuler leurs désirs et leurs œuvres, l’expression de leurs larmes ou de leurs sourires, de faire servilement l’aumône, à genoux s’il vous plaît et les yeux baissés, au pied de la nomenklatura des Diafoirus de l’érudition, seuls habilités à délivrer un blanc-seing de compétence.

Eh bien, non ! L’art et la culture, même embryonnaires, nichent en chacun d’entre nous. Comme le rire de Rabelais, c’est le propre de l’espèce humaine. L’art et la culture poussent dans le plant d’échalotes de mon père, dans les crayonnages de ma petite-fille, dans les paupiettes de veau de ma maman – qui, entre nous soit dit, sont excellentes.

Prétendre le contraire serait renier et détruire notre idéal d’humanité, procéder à une inacceptable ségrégation reposant sur un indispensable « talent » ! L’art et la culture ne sont pas l’apanage des talentueux. Ce qui n’exclut en rien, qu’à force d’aide, de conseil et de travail, on le devienne.

Bienvenu, qui que tu sois. Tu frappes à notre porte. Tu es des nôtres. Apporte, dans ton panier d’osier, ton cahier à spirales, ton cartable d’enfant, ou simplement dans tes yeux et dans ton envie, ton art et ta culture. Nous t’offrirons les nôtres. Ils feront, à n’en pas douter, de beaux enfants.