Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Je viens de retrouver ce poème sans titre que j’ai écrit il y a 50 ans. Sans réfléchir, me fiant au sonorités des mots, à leur connexion spontanée, à leur tempo en alexandrins plus qu’à leur sens, avec, au fond de moi, une épouvantable désespérance et une profonde révolte. 
Aujourd’hui, si je ne le comprends toujours pas « vraiment », je le ressens toujours aussi profondément.
Ah ! On n’est pas sérieux quand on a 18 ans !

 

Au retour des printemps, à l’avril oublié,
L’ironie se pourlèche en vertueux instants
Défendus. Rébellion câlinée du présent,
Les heures se construisent en murs de pitié.

L’irrévérence accrue aux relents d’amnésie
Engrosse les verrues d’une acné chavirante,
Se confond en salive sur nos langues pendantes,
Pourfend l’obésité éprise de nos vies.

Sous les ailes crevées d’une pudeur chétive
Comme un fruit écorché, la pulpe sédentaire
S’identifie sans honte au derme autoritaire,
Regroupant en image une pluie maladive.

Quand le tombeau s’arrache au milieu de la nuit,
Mille vampires crémeux s’essoufflent en extase,
Précurseurs éphémères. Un bonheur qui s’écrase
Suce l’aphrodisiaque aux drogues infinies.

Des cheminées frigides s’imbriquent aux soupirs
Translucides et faux. Chaque lit s’évertue
À grouiller d’omissions moquettées de vertu.
L’humeur chasse l’amour au rang de souvenir.

La fleur ne se tapit qu’en une peur d’enfant
Dégagée du bagage emprunté au soldat,
Autant inassouvie que le rut d’un prélat,
Dépourvue d’oraison et de prêche branlant.

Prudes ou timorés, valides ou boiteux,
Les silences forgeant un accent d’agonie
Colorent en déchets jaunâtres et vieillis
L’aube rebaptisée en crépuscule honteux.