Henri Girard
Auteur de romans et de nouvelles

Dans la tradition mythologique grecque, Terpsichore est la cinquième des neufs nymphes, devenues muses en même temps que compagnes d’Apollon, à une époque où les dieux régnaient sur l’Olympe.
Leur rôle était de célébrer l’art sous toutes ses formes. Terpsichore, qui tient à la main une lyre, faite de carcasse de tortue et de cornes de chèvre, symbolisa la danse, certainement parce qu’elle avait le rythme divin dans la peau et peut-être déjà – lyre posée et juponnée de court -, dansait la java, se dandinant entre les bras d’un dieu coquin dont les mains se baladaient dans le bas de ses reins au son de Viens poupoule, viens poupoule, viens.
« Ah ! pour être un dieu on n’en est pas moins homme ! » aurait commenté Tartuffe.
Cela dit, avec un peu de malice reconnaissons-le, n’en déduisons pas que la danse est un art mineur fait de tressautements et d’ondulations, et je ne parle pas du slow, la danse des ours en rut, qui piétinent d’impatience les pieds de leur cavalière, mus par leur libido et par la quête d’une osmose corporelle plus horizontale que verticale.
Pour les âmes simplistes qui penserait que la danse ne serait qu’animale, qu’ils sachent que les muses ne sont pas seulement musiciennes, mais qu’elles président aussi à la pensée. En effet, leur science du passé leur permet de sonder le présent comme l’avenir. Au delà du perceptible, elles sont les voix d’un autre univers.
Terpsichore est la fille de Zeus, le maître de l’Olympe, qui règne sur l’univers. Elle serait la mère des Sirènes, souvent représentée, par les peintres et les sculpteurs, comme une jeune fille vive, couronnée de guirlandes et vêtue de voiles souples, qui marche avec légèreté.
Donc, si l’on en croit l’histoire, la danse est d’abord d’essence féminine, ce qui prouve à quel point la mythologie avait bon goût ! Et puis, elle n’est pas orpheline de la raison, et quand le corps grâce à elle exulte, c’est aussi pour l’harmonie de l’esprit. Voilà bien, qu’on le veuille ou non, la preuve que l’art de la pirouette, du déhanché, de l’entrechat, de la révérence, de la posture langoureuse ou provocante, du renversé, est celui de la sublimation des sensations du corps. Il est le contrepoint aux élans, aux fantasmes, aux envies d’abandons mental, de lévitation psychologique, de libération des contingences terrestres. L’art de la « guinche » oxygène le ciboulot, le vide de ses impuretés, le régénère, en refait les niveaux et recharge la batterie pour que s’y insèrent une faculté de penser dépolluée et renouvelée.
Intrinsèquement liée à l’être humain dès sa prime enfance – voyez comme un poupin se trémousse en musique sans qu’on ne le lui apprenne – la danse peut être spontanée, primitive, enracinée dans le corps et le cortex, donc spontanément accessible à tous. Démocratique, pourrait-on dire si on voulait en faire un argument de campagne électorale qui, forcément se terminerait par « Eh bien ! dansez maintenant » (que vous avez voté pour moi).
Elle peut aussi s’apprendre, devenir un spectacle que l’on vit et que l’on donne, que l’on expose en tableaux musicaux, qui fait jaillir des « oh » d’admiration quand elle est complexe ou acrobatique, tirer la langue quand elle est lascive, émouvoir quand elle dessine en un tango les pleurs du bandonéon d’Astor Piazolla…
La danse est donc un des arts de la vie. Mais bien plus encore. Elle est pourvue de vertus thérapeutiques avérées.

Et, à ce titre-là, ses cours devraient être remboursés par la sécurité sociale !